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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 23:00

 

Ah, de petits miracles arrivent quelquefois ! De ces épiphanies qui rendent la vie légère et disons supportable. Un livre peut faire l’affaire. C’est rare, mais ça arrive. La preuve : lisez Pénélope andalouse. Belle et racée tenue s’émane de ce bouquin. Son auteur : Jésus Manuel Vargas qui sait boxer sa prose comme personne. Il la torée peut-être, allez savoir ! En tout cas, il ne lâche rien, bataille et fonce comme le taureau. Quand on entre dans son livre, on pense d’abord à un semblant de road movie mais que l’auteur ferait avec lui-même. Quand on poursuit, on sait qu’il faudra s’accrocher, qu’aucune concession ne sera faite. Nous voilà donc sur les hauteurs. Tant mieux ! C’est un peu âpre, violent – quoique voilé par la tendresse qui se profile ici ou là... Parfait ! La phrase swingue et coule bien. On sait bien sûr que le ciseau a dû couper dans la graisse du texte... C’est le fatum de l’écrivain. Une cigarette, relaxe-toi ! Los Atochares où notre narrateur débarque en début de récit devient un lieu mythique tout comme Adra, transfigurés comme de juste. Loin de la France, pour cause de retour aux sources sous les auspices de la Mort, il écrit malgré tout, tient un journal de bord. L’hôpital espagnol, c’est un peu comme l’auberge. Tu y apportes ta vie, en miettes ou non. Chambre 328 : une cigarette, relaxe-toi ! Bref, la vie n’est pas simple. C’est ce bouillonnement de mort et d’existence qui semble l’apanage du narrateur-auteur. Mais cette effervescence à fleur de mots finit par devenir la nôtre en fin de compte, embringués malgré nous dans ce voyage initiatique au ton antique. Dans Pénélope andalouse, il y a aussi du Mama a cent ans de Carlos Saura. Toute cette famille qui passe, repasse, ces parents éloignés qui viennent visiter l’ancêtre, Pénélope qui se meurt. Et qui attend. Même pas peur de la mort, Pénélope ! Elle veut revoir tous ceux qu’elle aime. A commencer par « le petit Français » qui n’est autre que le narrateur, cahotant entre deux mondes, fumant pour s’enivrer comme Baudelaire, se trempant dans la vie – la vraie vie – jetant dans des carnets des choses vues, des carnets qu’il relit et rature, encore, toujours, jamais content. Il y a du sang au coin des mots, des silences – il n’aime pas trop parler le narrateur, ce que je crois. Parler est subsidiaire quand on écrit - ou trop grossier. L’Andalousie enfin – qui est peut-être la véritable Pénélope attendant ses enfants égarés comme Ulysse - pousse ses cornes dans cette prose. Il y a dans ce Pénélope andalouse des fulgurances à la Lorca, un frère de sang probablement... Le road movie tourne au romancero. Cette cérémonie des adieux se clôt sur la découverte d’une valise, ferment d’où naîtra l’écriture avec ses aléas, ses doutes et ses jubilations. Il manquera toujours deux pages au texte jamais fini ! Bref, vous m’aurez compris (ai-je pris la fièvre du narrateur ?) : il faut lire sans délai Jésus Manuel Vargas. Courez, volez et payez cash son bougre-livre ! Vous ne pourrez être déçu !

 

                                                 

                                                  Yves CARCHON

 

 

Pénélope andalouse, Jésus Manuel Vargas. Les Presses littéraires. 8 euros.

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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 23:00

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Mardi 4 juin 2013 à 20 heures :

 

«La honte : de l’émotion à la création»

 

Nous avons tous fait, un jour, l’expérience de la honte.

Mais quelles sont les voies qu’elle prend pour rappeler à ses « victimes » qu’on ne transgresse pas toujours facilement certains interdits ?

Puisant à de multiples sources (religieuses, historiques, philosophiques, artistiques et psychanalytiques), cette conférence dressera un panorama des expressions et des conduites honteuses.

Et s’interrogera sur la nécessité de la honte dans un souci d’échanges entrecroisés avec le public présent.

 

par Jacques LUCCHESI, journaliste et écrivain

 

 

Si vous ne désirez plus recevoir nos mails, prévenez-nous par retour de courrier.

 

 

Atelier Z

Centre Culturel Christiane Peugeot

62 av. de la Grande Armée 75017 Paris

Tél : 01.45.74.32.53 (bureau) ou 01.45.72.30.73 (atelier)

contact@atelier-z.org - atelier-z.orgfacebook.com/AtelierZ - twitter : @atelierzpeugeot

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15 août 2010 7 15 /08 /août /2010 23:00
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14 août 2010 6 14 /08 /août /2010 23:00

 


 Aujourd’hui comme hier, la publication en revues reste le passage obligé pour la plupart des poètes, qu’ils soient débutants ou chevronnés, à la recherche d’une tribune pour une œuvre en devenir. Ce parcours est, semble-t’il, celui aussi de Thibault Marthouret, dont les éditions le Citron-Gare publient un élégant recueil, « En perte impure » - tout un programme !-. Il rassemble ici des textes ayant fait l’objet d’une première publication collective (comme « Jour de départ » dans « Décharge » ou « Le phare a disjoncté » dans « Traction-Brabant »), mais aussi bien des inédits. L’inspiration de Thibault Marthouret se déploie à travers des séries poétiques (« Distille », « Gut feeling », « Cardia »), mais aussi des poèmes ayant leur propre unité (« En Crète », « Les framboises »). Tour à tour sèche et lyrique, elle tend parfois vers la prose poétique, voire la (courte) nouvelle (« Gut feeling 1 »). Thibault Marthouret a, notamment, l’art de saisir les petites sensations et les turbulences intérieures. Ce qui donne parfois des poèmes aussi saisissants que « Cardia 2 » (dont un extrait suit ici) :

« J’entends des voix que je ne comprends pas

   Mais sur la langue, la sève exangue

                             Pénètre, acerbe, comme le passé. »

Je ne connais pas assez Thibault Marthouret pour en parler longuement, mais je peux dire, à la lecture de ses textes, qu’il a déjà une voix poétique qui ne demande qu’à résonner plus amplement. Dommage qu’une petite présentation biographique n’accompagne pas cet ouvrage à la mise en page soignée. On saluera, pour terminer, les illustrations – photos souvent pixellisées – de Laure Chapalain.

 

Prix de l’ouvrage : 10 euros. A commander directement chez l’éditeur par Internet (voir lien) ou à l’adresse suivante : 4 place Valladier, 57000, Metz

 

 

                                                 Jacques LUCCHESI      

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13 août 2010 5 13 /08 /août /2010 23:00

 

 

                      

 

Je suis toujours frappé de voir combien de comédiens, de musiciens, de sportifs, d’écrivains ayant atteint une certaine notoriété sont ignorés par ceux pour qui la comédie, la musique, le sport ou la littérature ont si peu d’importance. Un nom connu dans tel ou tel domaine ne l’est que lorsqu’on s’intéresse au monde auquel il appartient. Autrement dit la notoriété est toujours relative, souvent vaine et parfois illusoire. Tel roi, nous dit Montaigne, connu pour ses exploits sous telles latitudes, passait pour inconnu sous d’autres cieux. La mythologie des Anciens chantait les aventures des héros et des dieux, que l’on fêtait et honorait. Aujourd’hui, évoquer leurs prouesses n’a aucune chance d’être entendu. Chacun recherche, dirait Warhol, l’instant magique où il apparaîtra sur un écran et connaîtra son heure de gloire. Notoriété certes fugace mais à l’image d’une notoriété plus établie, qui chasse l’une pour être elle-même chassée à tout jamais sur les tabloïdes de l’Oubli. Cruel destin que de vouloir absolument briller et vouloir être vu, admiré, suivi comme un modèle ou comme un phare de la pensée, et retomber très vite dans l’anonymat. J’ai connu de bons écrivains qui se vendaient très bien de leur vivant et dont on a oublié jusqu’à leur nom. Leurs bouquins même, dont on vantait la qualité, sont introuvables. Pourtant leur lectorat fut grand. Je soupçonne même leurs meilleurs lecteurs de les avoir « zappés » une fois pour toutes de leur mémoire. Si ce n’est pas misère que l’inconstance humaine ! Tel musicien qu’on regardait comme un génie vivant, tel comédien qui emplissait les théâtres à Paris, tel sportif qui déplaçait les foules dans les stades ont eu lauriers et gloire, nul ne le nie. Mais plus personne jamais n’en parle ! Ou enfin si : dans les livres d’Histoire. L’ultime reconnaissance se tapirait-elle donc dans les manuels scolaires ? Mais il y a plus fort : il en est d’autres – et c’est je crois l’apothéose de la notoriété – qui gagnent leurs galons parce qu’ils sont morts et parce qu’un engouement soudain les tire d’un purgatoire obscur. Les voilà donc (re)connus. Tant mieux ! Mais pourquoi diable de leur vivant ne furent-ils pas portés au firmament de la reconnaissance ? Mystère... Il en va donc de la notoriété comme du vent qui souffle souvent sans rimes ni raison. La Belle Otero qui avait été adorée, comblée par ces messieurs du Tout-Paris mourut à quatre-vingt dix sept ans dans l’oubli absolu. Il est vrai que ses admirateurs fervents étaient morts avant elle, que plus personne en ce bas-monde ne savait plus qui elle était !

 

                                                            Yves CARCHON
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12 août 2010 4 12 /08 /août /2010 23:00

 

L’été en pente douce donne au vieux scribe que je suis l’envie de m’adonner à l’art de distiller quelques conseils aux écrivains en herbe. Je ne sais si cet exercice doit être qualifié de cuistre ou simplement d’utile. Ce que je sais, c’est que lorsqu’on fait ses premiers pas dans la forêt des Belles-Lettres, personne n’est là pour vous guider dans l’équipée dorée mais rude qu’est l’écriture. C’est peut-être mieux ainsi car si, par aventure, on apprenait qu’on en a pour la vie, on regarderait à deux fois. Heureusement, on ne sait rien ! Les dieux de l’écriture font bien les choses... Mais revenons à mon propos. Pour première règle, j’inciterai notre écrivain pubère à voyager. Loin, sans confort, seul de préférence. Voyager de la sorte est la manière la plus pratique d’apprendre la solitude. Il en aura besoin quand il prendra la plume. Je recommanderai ensuite à notre débutant de vivre sans entraves, de n’accorder aucune valeur à la vie matérielle, de chercher le dérèglement, l’enivrement, de vivre à mille à l’heure, de se frotter sans peur à l’écorce du monde. L’excès finit par rendre sage. Puis je l’inviterai à se calmer, ayant engrangé mille vies potentielles et l’assujettirai à une règle d’acier : rigueur en toutes choses, d’autant quand on écrit. Surtout si on écrit ! Ne comptera pour l’écrivain nouveau que la scansion des mots et leur arrangement, les nuits blanches et les jours couleur encre, les mots étant fœtus avant d’être bébés poussant leurs premiers cris. L’écrivain débutant se méfiera de la gente importante, des puissants qui veulent faire son bonheur pour mieux l’amadouer. Il devra être féroce et se montrer intransigeant avec ceux qui battent les cartes dans la République des Lettres. Qu’il ne transige pas, il tomberait dans la facilité ! Et qu’il écoute plutôt le doux chant des sirènes de l’insatisfaction, du doute, de la fragilité d’un texte, même quand ce texte est bien tenu et qu’il ravit, séduit, enivre la compagne des jours sans pain. Pour ultime conseil, je le convierai à s’établir à la campagne, sachant qu’il s’ennuiera très vite et que du coup il écrira !

 

                                                   Yves CARCHON

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11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 23:00

Vient de paraître

 

 

 

couverture Aloès

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 23:00

  

 

 

Que les poètes, en ce début du XXIeme siècle, décrassent leur fibre lyrique et retrouvent le sens de l’universel, voilà un signe plutôt encourageant pour la poésie et ses lecteurs. Foin des exercices de pure virtuosité verbale ! Il n’y a pas de « révélation » à attendre de la répétition indéfinie d’une même phrase, d’un même mot ; bien plutôt un effet de saturation et d’ennui. Non, la poésie n’est pas qu’une affaire de rhétorique ! Non, la poésie n’est pas un genre littéraire creux et vain ! Dominique Sorrente le sait bien, lui qui a choisi de célébrer la terre, ses rythmes et ses symboles qui ont façonné, depuis des millénaires, notre imaginaire. Préfacé par l’anthropologue Jean-Marie Pelt, « C’est bien ici la terre » rassemble plusieurs (longs) poèmes qui composent, chacun à leur manière, une méditation sur notre  condition terrestre. Ici, nul relâchement verbal, nulle négligence formelle au profit du contenu (comme c’est le cas chez bien des pseudo-poètes), mais une puissance d’évocation jamais prise en défaut, vers après vers, poème après poème. L’œil doit faire des pauses fréquentes pour que l’esprit puisse profiter pleinement du sens - parfois sibyllin - de ces pages. Dans chacune d’elles, on sent la nécessité de dire l’expérience – forcément intérieure – du monde ; et ce ne peut être que dans une langue soustraite aux impératifs de la communication immédiate :

« C’est bien ici

   La terre que récitent

   Les cœurs battants

   Au rythme noir de la durée sans fin. » (extrait, page 26)

Une langue transcendée, méditée, belle en soi, à la mesure de la tâche entreprise. Davantage qu’un recueil, « C’est bien ici la terre » est un livre dans l’acceptation la plus noble du terme. En cela, il pourra accompagner ses lecteurs dans leur propre cheminement existentiel.

 

(éditions MLD, 18 euros)

 

                                              Jacques LUCCHESI

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9 août 2010 1 09 /08 /août /2010 23:00

 

 

On croit savoir où se situe le Ponant. Mais le Polvan ? Non, ce n’est pas un pôle (ou alors le pôle Sud), ni même un vent (le mistral pourrait faire l’affaire). Non, le Polvan est une langue haute, noble, splendide, émaillé de camées et d’émaux comme dirait Théophile, qui à la fois sent la garrigue, nous plonge dans l’ombre d’une gorge, nous montre un ciel semé d’étoiles où logent les poètes, ces vagabonds aux cœurs et aux semelles de vent. La Grand Ourse nous regarde. Nous avançons sur le grand Chemin de la vie pareil au Bateau ivre. On rit — car Polvan n’oublie pas qu’il faut être léger ; on s’émeut, laissant choir son menton, pensant que le soleil est bien trop chaud pour entamer sa promenade. L’anisette n’est pas loin. Et on reprend ces discursives Missives en écoutant vrombir le taon. Un lézard passe, traversant la tonnelle. Quand on est bon lecteur, on comprend vite que notre auteur a bu aux rondes mamelles surréalistes mais ce serait ranger ce franc-tireur sous une bannière qui ne peut être que réductrice. Le visiteur si attentif de Malrieu est un poète à la prose charnelle, envoûtante, goûteuse, pleine de pleins et de déliés, tranquille, mimant la joie quand il s’agit de gravité, qui porte son lecteur vers des territoires collineux où errent les âmes de Char, Apollinaire, Breton, Soupault, Desnos et quelques autres... Terres d’élection qui exigent la rigueur de l’amour comme la faiblesse de l’amitié, la lame des déconvenues, la gouge de l’espoir. Dans ces lettres malicieuses, adressées à un « tu » que l’on sent proche du poète (et qui n’est peut-être que lui-même ou un autre poète), s’inventent des métamorphoses au creux de chaque ligne. Henri-Michel Polvan est magicien du verbe et il sait bien que ses Missives ne sont pas aussi minces qu’il paraît le prétendre, même si elles parodient parfois Les lettres de mon moulin. Notre Midi est là, solaire, avec un ciel vibrant, débarrassé des lucioles de la nuit où s’ébroue le passage du Temps, traînant dans son sillage des pépites de sens d’où naît la poésie, cette tension entre deux paroxysmes : la Mort et la Beauté. La Mort, n’en parlons pas ou en couplets diaphanes. Parlons de la beauté qui parcourt ces Missives du vent, cousus de mots diaprés, ô combien délicats, piochés dans la besace des Illuminations.

 

 

 

 

 

                                                    Yves CARCHON

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 23:00
   

 

 

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Mardi 22 avril 2014 à 20 heures :

 

«Relire 1984, de George ORWELL»

 

Romancier, journaliste et essayiste, George Orwell (1903-1950) reste avant tout l’auteur de 1984,

l’un des livres majeurs du XXème siècle. Rédigé entre 1948 et 1950, cet ultime ouvrage concentre

en lui toutes les qualités d’un grand roman : vision du monde, sens du tragique,

épaisseur des personnages principaux, histoire d’amour, réflexion sur le pouvoir et le langage, etc.

La présente conférence abordera méthodiquement les nombreuses dimensions de ce chef-d’œuvre de la littérature politique.

Et comparera l’univers romanesque et idéologique d’Orwell avec celui du Meilleur des mondes, d’Aldous Huxley.

Elle ménagera aussi des fenêtres sur d’autres aspects de l’œuvre d’Orwell, à commencer par La ferme des animaux,

brillante fable sur le pouvoir qui anticipe de quelques années 1984.

Enfin, on s’interrogera avec le public sur la pertinence des visions coercitives d’Orwell appliquées à notre époque.

 

par  Jacques LUCCHESI, journaliste-écrivain

 

 

 

 

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  • : ce blog est destiné à présenter les ouvrages, les projets et les débats d'idées liés aux éditions associatives du Port d'Attache
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Texte Libre

                       Dans la peau de L’homme qui rit

 

 

 Une scène obscure, sans séparation d’avec les gradins. Pas de décor, si l’on excepte un micro, deux enceintes et une console musicale. Au théâtre Off, on préfère privilégier le texte plutôt que les costumes et autres accessoires. Le texte, en l’occurrence, c’est celui de Victor Hugo : « L’homme qui rit », roman noir à visée sociale de près de 1000 pages. Pour les besoins de la scène, il a été ramené à une quarantaine de feuillets par Frédéric Ortiz, patron du Théâtre Off. Chapeau à l’adaptateur ! L’autre protagoniste de cette aventure, celui  qui porte par sa voix la trame narrative ainsi que tous les personnages du roman, c’est Lionel Mazari, diseur, comédien, poète avant tout. Une qualité nécessaire pour faire vivre ce texte du dedans, pour restituer oralement la rythmique de la phrase hugolienne. Sa voix, chaude, profonde, martelante, incantatoire, nous introduit d’emblée dans cette sombre histoire d’enlèvement et de mutilation d’enfants dans l’Angleterre pré-industrielle. C’est alors que, progressivement, des images commencent à danser devant nos yeux. Comme dans un film, nous assistons à l’enlèvement et à l’atroce blessure faciale du jeune  Gwynplaine, le naufrage du navire qui devait l’emporter, lui et la petite aveugle Déa, en terre étrangère. Nous sentons physiquement la présence du mendiant Ursus et de son loup Homo quand il les recueille sur la plage. Nous pénétrons dans la bonne société avec Lord Clancharlie et l’excentrique duchesse Josiane. Et nous vibrons aux accents révolutionnaires  de son discours devant ses pairs quand, reconnu comme le vrai héritier de Lord Clancharlie, Gwynplaine conteste les privilèges exorbitants de sa nouvelle classe sociale avant de disparaître à jamais. La magie du verbe a opéré. Encore fallait-il un interprète aussi doué, aussi subtilement polyphonique que Lionel Mazari pour entretenir le charme durant une heure trente. Voilà une proposition théâtrale d’une beauté rare par les temps présents à Marseille. Avant les médiathèques et les instituts culturels où elle est appelée à tourner, elle est offerte au public marseillais jusqu’au 20 avril, à raison de deux soirées par semaine. Il serait vraiment dommage – du moins pour tous ceux qui sont sensibles à  la poésie  – de manquer une telle performance.

 

Les jeudis et vendredis, à 20H30. 14, quai de Rive-neuve, 13007 Marseille. Réservations au 04 91 31 13 33

 

                                                 Jacques LUCCHESI             

Texte Libre

pour commander

jlucchesi13@gmail.com

chaque ouvrage commandé inclut 2 euros supplémentaires de frais postaux.

Pages

Texte Libre

JACQUES LUCCHESI, AUX ALENTOURS DU PARADIS et autres nouvelles.

 

      Jacques Lucchesi est l’auteur d’une trentaine d’opus ─ poésie, nouvelles, essais ─ que, omission ou modestie, il ne récapitule pas. La première de ces douze nouvelles, celle que pour ma part je préfère, évoque un village provençal qui non seulement connaît la douceur de vivre mais semble avoir écarté la mort. Par touches subtiles et glissements successifs, sans guère de réalisme, le nouvelliste nous transporte « aux alentours du paradis », ce qui atteint en moi et certainement aussi chez beaucoup de lecteurs une corde sensible non moins que secrète, la nostalgie d’un paradis perdu. Quoi qu’il en soit, le charme opère et il réussit à nous faire entrer dans son rêve.

       Plusieurs nouvelles relèvent d’un tout autre registre. Ainsi, « Celui qui te précédait », se passe en 2032 : un vieil homme s’offre un voyage dans le temps qui lui permet de dialoguer réellement avec l’adolescent qu’il était. Celui-ci s’interroge sur l’homme qu’il sera, occasion d’une réflexion ontologique sur l’avenir. Si l’aspect technico-scientifique de la S.F était développé, je me serais personnellement ennuyé ; ce n’est heureusement pas le cas. Le recueil aborde souvent aussi la satire sociale, je me demande même si elle n’est pas omniprésente. « Télé-réalité » présente une émission de télévision révolutionnaire puisque le vainqueur de la tombola recevra comme lot une nuit d’amour avec l’animatrice ! Humour, noir cette fois, avec un supermarché funéraire et multiconfessionnel qui connaît le plus grand succès ; hélas, il doit bientôt fermer en raison du… décès du patron. (« Saison de soldes ») L’air de rien, l’auteur sait manier le stylet et le pistolet !On ne s’ennuie pas un instant à la lecture de ce recueil inventif, varié et bourré d’humour.

 

Editions édilivre, collection Tremplin. 2011. 12, 5 euros.

 

 

                                                                       Jean BENSIMON

Texte Libre (2)

 

                  Maudit Blues, d’Yves Carchon

 

 

 Entre le roman noir et le cinéma, des passerelles ont été bien vite jetées. Hollywood, on le sait, a fait une grande consommation de ces oeuvres destinées à un large public et dont les auteurs étaient souvent ses propres scénaristes – tel Raymond Chandler. Qu’un écrivain contemporain fasse entrer les mythologies cinématographiques dans un canevas romanesque, quoi de plus compréhensible ? C’est ce qu’a fait Yves Carchon avec « Maudit Blues », premier opus d’une trilogie emmenée par l’inénarrable « privé » Fragoni. Dans ce roman qui marie habilement terroir et terreur, les clins d’œil au 7eme art abondent, à commencer par le personnage principal de Deborah Worse, condensé de toutes les femmes fatales – et ménopausées – du grand écran. Quoiqu’ayant depuis longtemps désertée les plateaux de tournage, elle n’en continue pas mois à susciter bien des passions. La moindre ne sera pas celle du jeune Paul qui décide de l’enlever et de la séquestrer dans sa résidence de Saissac, au cœur de la Montagne Noire. Va alors s’ensuivre un interrogatoire particulièrement cruel où la star déchue va livrer à son tortionnaire des pans entiers de sa biographie - pour notre plus grand plaisir de lecteurs. Jusqu à ce que les masques finissent par tomber, comme dans toute bonne tragédie. Ce ne serait pas servir ce roman particulièrement haletant que d’en dévoiler ici tous les arcanes. Mieux vaut insister sur le bonheur de lecture que sa prose sensuelle et racée procurera à tous ceux qui l’ouvriront, sans doute pour ne plus le lâcher qu’à la dernière ligne. Avec « Maudit Blues », Yves Carchon nous prouve sans l’ombre d’un doute tout ce qu’un auteur inspiré peut faire avec un genre réputé mineur – mais nous savons bien que c’est faux – comme le polar. Est-ce que le cinéma, à son tour, s’intéressera à ce roman qui lui ressemble tant ? On ne peut que le souhaiter.

Les Presses Littéraires, 13 euros.

 

                                            Jacques LUCCHESI    

Texte Libre

Henri-Michel Polvan : « Epaves », augmenté de « Marseille comme si vous n'y étiez pas », La petite édition

 

 

 La liste des ouvrages dont Marseille est le sujet dépasserait sans doute les limites d’un volume ordinaire. Il y a dans cette ville un je-ne-sais-quoi producteur de paroles. Et les écrivains de son terroir en ont, les premiers, usé et abusé. Dans ces conditions, « Epaves », l’ouvrage que publie aujourd’hui Henri-Michel Polvan , chez La petite édition, aurait toutes les chances de se fondre dans l’énorme masse de ceux qui l’on précédé si l’on ne disait, d’entrée de jeu, qu’il est l’œuvre d’un véritable poète. Un poète pour qui l’usage de la prose a depuis longtemps supplanté le vers, mais sans en perdre, pour autant, la saveur et l’inventivité verbale. Dans ces pages, justement, se libèrent les forces de l’imaginaire, dans la mouvance des surréalistes, ses aînés admirés. Sous ce titre on ne peut plus baudelairien, Polvan réinvente le portrait littéraire – genre faussement suranné – qu’il applique, non pas aux célébrités de ce monde, mais aux drôles et aux humbles qui ont peuplé sa jeunesse, génies du quotidien que chacun de nous a pu, un jour, croiser dans cette cité. Et comme Pierre Michon dans ses « Vies minuscules », il leur offre une seconde existence, plus pure, dégagée des contingences historiques, poétique en un mot. Sous sa plume, nous entendons le franglais de l’oncle Chanouaï, le timbre aigrelet de Léontine, la folle du quartier, quand elle houspillait les passants ou encore la voix puissante de Métier, le ténor haltérophile, devant un parterre d’immigrés italiens. D’autres fois ce sont des lieux qui suscitent son empathie : Saint-Joseph, les Chutes-Lavie, la Belle de Mai, le Lacydon. Nous le suivons, émerveillés, dans ses pérégrinations nostalgiques ; et quand il nous susurre – comme dans « Eléments d’un mythe » - que toute cette sociabilité joyeuse n’a jamais existée, nous avons du mal à le croire ; pour peu, nous lui en voudrions d’avoir balayé nos illusions. Quant à « Marseille comme s’y vous n’y étiez pas » (sous-titré « petit semainier phocéen »), il se divise en sept chapitres, chacun étant associé à un jour de la semaine. Ce qui est surtout le pré-texte pour saper les conventions et les clichés par le langage lui-même. Il faut saluer, pour finir, l’excellent travail de mise en page et d’illustration réalisé par Marcel Baril. De la petite édition sans doute,  mais de la bonne édition quand même.

 

« Epaves », augmenté de « Marseille comme si vous n’y étiez pas », 213 pages, 10 euros

 

 

                                         Jacques LUCCHESI