Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 23:00

 

Marseille, ville touristique ? Peut-être ? Mais Marseille, ville de prostitution, sûrement ! Longtemps, elle fût réputée, dans l’Europe entière, pour ses filles galantes.

Voilà pourquoi l’association Marseille-Art-Monde vous invite à redécouvrir cet aspect indissociable de l’histoire marseillaise.

Cette conférence – forcément déambulatoire – revisitera les quartiers qui en furent le théâtre  dans un passé pas si lointain.

Et répondra à quelques-unes de vos questions sur ce phénomène social.

RV : métro Réformés-Canebière, mardi 20 mai à 14H30. Durée : 2h30. Participation : 6 euros.

 

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
6 août 2010 5 06 /08 /août /2010 23:00

 

           Auteur d’une trentaine de recueils de poésie et de nouvelles, ainsi que d’essais notamment sur Orwell, Jacques Lucchesi nous propose cette fois quatre textes passionnants. Le premier porte le titre ─ percutant et allant à l’essentiel ─ du recueil. Sans méconnaître la part innée de la féminité, l’auteur analyse sa genèse et les mythes qui l’imprègnent. Il s’agit bien d’une construction, de même que pour la virilité. L’approche pluridisciplinaire, surtout psychologie, sociologie, histoire et économie, fait le point des recherches récentes sans jargon ni abstraction avec une langue élégante. L’essayiste analyse finement la métamorphose des rôles masculin et féminin, la puissance érotique des vêtements féminins et leurs répercussions économiques ─ le passage sur le rouge à lèvres m’a paru savoureux et drôle. Finalement, malgré les bouleversements de notre époque, nous constatons avec l’auteur la permanence de la notion de féminité.

           Le sujet du deuxième texte nous interpelle autant : qui n’a pas un jour éprouvé la honte ? L’analyse philosophique, qui fait dialoguer Descartes avec Spinoza, Aristote avec Sartre, nous permet d’approfondir la question. La honte est mise en relation avec la pudeur, la culpabilité autant qu’avec le regard du groupe. Là aussi, le lecteur avance dans la compréhension d’un sentiment, de sa genèse.

Les deux derniers essais, sur la prostitution et le tourisme, ne sont pas moins stimulants pour la réflexion. Personnellement je suis sorti de la lecture de ce livre avec le sentiment de mieux me connaître et l’envie de lire ou relire d’autres ouvrages qui y sont évoqués.


(éditions Edilivre 2013. 14 euros)

 

                                                Jean BENSIMON

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 23:00

Nous publions ici un extrait de la très belle lettre que la poétesse Murielle Compère-DEMarcy (MCDem) nous a adressée à la suite de sa lecture de "Missives du vent"

 

 

Monsieur,

 

Vous écrire que je viens de terminer la lecture des missives apportées par le vent et que je vous en adresse quelques impressions, comme prévu.

 

Oui, "un petit livre peut contenir un grand texte" comme vous me l'écriviez.

 

De ce haut silence, des images déjà retentissent et laissent leurs empreintes comme à la feuille d'or sur la ligne de mémoire marquée de rémanences & de réminiscences que la vie journalière en ses passages réactive.

 

---Ce haut silence "(…)où nichent toujours ces oiseaux dorés qui sont le champagne même, ou sa mousse (Première lettre),

La pluie et "son bruit de tango"---

 

Je me disais qu'une lecture à voix haute / une lecture-spectacle pourrait peut-être à bon vent prendre par le corps ces missives. Peut-être en avez-vous le projet.

 

J'aime l'au-revoir de ces lettres à chaque fois inédit et formulé la plupart du temps en une tournure interrogative qui ouvre l'horizon & ses perspectives -comme une invitation à poursuivre l'aventure. Du "À bientôt" initial au "Ciao" final, les au-revoir se déclinent en autant d'invitations à l'échange, au dialogue en ouvrant les espaces de silence & de solitude à l'instar de vases communicants, au-delà de la matérialité même du Temps.

 

Dès l'ouverture, le mortier des mots cimente & annonce des phrases posées comme les premières pierres d'un solide et bel édifice.

 

De l'inattendu s'y joue, un zeste d'ingrédients secrets ouvrant l'appétit de lire et offrant un plaisir durable au-delà de la lecture en cours.

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 23:00

 

(Une micro-fiction inédite d'Yves Carchon qui complète celles déjà rassemblées dans son recueil "L'envers du monde", toujours disponible)

 

Mon grand-père sur le tard s’était fait une tête de sioux. Muet, il ne parlait plus à personne. A moi parfois, parce que j’étais encore enfant. « Ta vie, petit, m’avait-il raconté, est comme un cimetière indien où tu entends le vent souffler dans le crâne des ancêtres. Avec un peu de chance, leurs os claquèteront encore quand tu auras trente ans, ce qui n’est pas gagné ! Pour peu que tu sois sourd aux friselis du vent, tu les croiras morts à jamais. Ce sera faux bien sûr car ils auront outrepassé la mort. Pendant longtemps, tu passeras ton temps à éviter leurs sépultures par crainte de les déranger. Mais eux sauront t’attendre. Un jour, arrivé à un âge canonique, tu ménageras ta monture ne pouvant plus monter les pouliches que tu veux. Le Grand Esprit se moquera de toi parce que tes muscles auront fondu. Tu ne pourras même plus téter de téquila ! Les cigares te feront tousser, le vent s’amusera dans ta caboche, tu ne sauras même plus quel jour tu es, ni même où tu habites. Alors le Grand Sorcier t’emportera, léger comme un fétu, dans les plaines abondantes où paissent les bisons. Tu deviendras sans doute bison toi-même, mais ce sera une autre histoire. » Grand-père a disparu au moment même où il parlait. « Tu viens », j’ai dit à mon cheval. Au petit trot on est parti, traversant l’éternelle prairie où scintille le soleil.

 

                               Yves CARCHON

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 23:00
57 sur 14 189
 
Extrait du Web
Gamekult.com : Dernieres news de jeux vidéo - Point GK : Binding of Isaac avec des flingues - Il y a 2 heures
  

Parution du livre de Didier Chiarabini à la Société des Ecrivains (à transférer)

 

 

  Communiqué  

 

 

 

 

"Petit à petit, le loisir devint un besoin, jusqu'à ce que se pose l'évidence: je serai artiste!
L'évidence n'était cependant pas partagée, m'entraînant, dès lors que ma décision fut prise, sur un parcours atypique.
Mes études très chaotiques et la désapprobation de mes parents ne me permirent pas de suivre le cursus artistique classique:
"Il faut que tu trouves un vrai travail! Les artistes mènent une vie de bohème et ne sont reconnus qu'après leur mort" me répétait sans cesse ma mère. Ces mots, je les entends encore parfois lorsque j'évoque ma situation. Mais, malgré les conseils bienveillants de mes proches, c'est cette voie que je choisis, et rien, jusqu'à présent, ne m'en a fait dévier."
Si ces mots réfèrent à la naissance en tant qu'artiste de Didier Chiarabini, reste à appréhender quelles ont pu être et quelles sont ses conditions d'existence. Tel est le projet de ce récit autobiographique qui replace toute une trajectoire artistique dans son cadre social, historique, mais aussi économique et familial. Et le lecteur de voir émerger, au fil des pages, l'image d'un artiste toujours connecté au monde qui l'entoure, qui doit tenter de s'imposer au sein d'un univers de plus en plus étroit et refermé sur lui-même... Qui doit même parfois ouvrir ses propres voies pour exister. Témoignage rare sur les envers de la création artistique, « Une autre route » rend ainsi compte de toute la force, de toutes les capacités de réinvention que requiert une activité aussi belle que précaire.

 

Société des Ecrivains, 88 pages, 12,95 euros

                             

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
3 août 2010 2 03 /08 /août /2010 23:00

 

 

 


 

 

  Gil Graff, connue pour être un auteur de polars, prouve qu’elle a, avec son dernier opus, plus d’une corde à son arc. Rien n’est plus frustrant que d’être cantonné dans un genre, qu’il soit littéraire ou autre... Avec Personne ne parlera de nous... elle nous livre une belle et forte fresque qui retrace les grands moments de l’histoire de la Catalogne du nord. Roman ambitieux qui traverse le XXème siècle, englobant la Guerre d’Espagne, la Retirada, le Camp de Rivesaltes, la Seconde Guerre mondiale, jusqu’ aux élections calamiteuses de 2002... Dès le début du roman, Rémo et Maria, un couple de vieux attendrissants et décalés, ouvrent magistralement le livre. Rémo seul le fermera. Entre l’ouverture et l’épilogue, se déploie dans tout le livre sur une soixantaine d’années une curieuse complicité entre ces deux, faite de tendre connivence, de camaraderie dans le combat et d’humour haut en couleur, voire décapant. Arrivé très jeune à Perpignan le superbe Rémo va vivre de ses charmes, puis se mettre en ménage avec une gueule cassé, Victor. Chemin faisant, il rencontre Maria, aide-soignante qui, très vite, l’entraîne dans son activité militante à la Miranda, maison qui accueille des femmes fuyant la guerre d’Espagne. Morceau de bravoure qui nous montre l’afflux des réfugiées qu’il faut bien soigner et aider à accoucher, passage réussi — comme celui qui traite des inondations ou celui, poignant, de l’incendie — qui pourrait s’apparenter aux Désastres de la guerre de Goya. Car Personne ne parlera de nous... est une fresque noire qui parle des Invisibles, (nom donné aux homos dans l’entre deux guerres), des obscurs, des laissés pour compte, des sans grades, de ces anonymes qui ont œuvré secrètement durant cette tragique période pour sauver ce qui restait encore d’humain dans l’Homme. Gil Graff réussit haut la main son pari plutôt risqué, car rien n’est plus  casse-gueule que de tenir les rênes d’un roman choral. Elle les a en mains, dans une langue drue, précise, brassant avec un certain brio la vie de ses personnages qui nous accompagnent longtemps après avoir refermé le livre. Au jeune SDF Olivier, qui veut à la fin du livre transcrire l’histoire de la Miranda, Rémo — sans être assuré qu’une « telle histoire soit dans l’air du temps » — lui conseille de « raconter la vie tout nue, toute crue ». On pourrait répondre à Rémo : mission accomplie pour ce qui concerne la fidélité à la vérité. Pour le reste, on peut rassurer l’auteur : on se fout complètement de l’air du temps !

 

 

                            Yves CARCHON

 


  Ultima Necat Editions —338 pages— 13 €

 

 

                             

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 23:00

Nous publions ici des extraits de l'article critique qu'a consacré la poétesse MCdem au recueil de Jacques Lucchesi, "Tout ce que la vie nous souffle"

 

 

 

Le recueil de Jacques Lucchesi Tout ce que la vie nous souffle s'ouvre par une dédicace à Pascal Ulrich, décédé en 2009,  et qui a signé l’illustration de la première de couverture .

Pascal Ulrich, poète peintre et illustrateur fut l’ami de Robert Roman des éditions du contentieux (toulouse), et fut l’un des participants réguliers du poézine édité par Patrice Maltaverne, Traction-Brabant.

Adepte du mail art et pu post art, Pascal Ulrich illustrait en couleur les enveloppes des lettres adressées à robert Roman : la couleur était dans l’illustration, mais aussi dans les timbres ou le fond des enveloppes.

 

 

 

 

Tout ce que la vie nous souffle m’a tout d’abord fait penser à ces courts poèmes appelés haïkus –et qui peuvent se décliner en senryû, kigo, haïbun,…- à la fois brefs & denses dans leur forme & leur vérité / vecteurs d’une vision réaliste ou surprenante, dans tous les cas poétique, de la réalité observée / observable. Mais il s’agit là de courts textes au genre autonome, qui se suffisent à eux-mêmes, poèmes souvent brefs dont la force réside dans la concision et l’actualité des thèmes. Le concentré en vue aérienne poétique d’un quotidien rehaussé par la grâce & la verve de quelques vers.

 

Cet extrait de Suite aérienne, pour exemple :

                

                 Conglomérat asymétrique

                 De pions rougeâtres

                 Sur un grand tapis

                 Jaune et vert :

                 Rien qu’une ville

 

 

 

A ces qualités s’ajoute l’aspect ludique dans l’esprit & la forme de ce recueil de poèmes de l’éditeur-poète Jacques Lucchesi (éd. Du Port d’Attache / Marseille) qui nous offre ici quelques (faux) syllogismes, tautologies, pointes d’humour en vers-de-lance d’une lucidité sensible jouant avec les mots et prenant appui sur leur verve évocatrice pour nous déporter en poésie / poéVie vers ce quotidien parfois rude ou triste, dépourvu souvent de poésie pour qui ne prendrait pas le temps de le lire suivant différents degrés de réception & d’interprétation.

 

 

 

 

D’originales Petites fables pour lecteurs pressés finissent d’enchanter le recueil. En de courtes proses, le poète y raconte de petites histoires, concentrés de vie non concentrées / closes sur elles-mêmes mais ouvertes / béantes sur l’idéal / un espoir à poursuivre (le grand amour dans Speed dating, la poursuite obsessionnelle de la baleine blanche, Le dit de Josiane lisant le monde à hauteur d’une douce & apaisante lueur d’humanité (aussi étrange que cela puisse paraître) dans le regard des chiens : ceux que l’on regarde dans les yeux et non d’en haut comme des bêtes à domestiquer…

 

De véritables pépites à aller trouver en lecteur / orpailleur en quête d’un ailleurs réel qu’ouvre la vie / dans ses instants volés / mais assurés-assumés / de poéVie !

 

                            MCDem

 

                     --------------------

                    

Pour vous procurer le recueil au prix de 6 euros, écrire aux Editions du contentieux, Robert Roman, 7 rue des Gardénias, 31100 Toulouse.

Site de l’auteur, Jacques Luchesi, qui est également éditeur :

http://editionsduportdattache.over-blog.com

 

 

 

 

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 23:00

 

Ne boudons pas notre plaisir : un prix Nobel de Littérature français, voilà qui nous rappelle nos heures de gloire ! En toute honnêteté, j’attendais Philip Roth ou Milan Kundera. Ah, Kundera, voilà qui aurait eu une certaine gueule ! Patrick Modiano est certes une franche et belle surprise. L’auteur que nous avons tous découvert, d’abord grâce à Pivot, alors le pape d’Apostrophes sur le petit écran, nous présentait alors sa Place de l’étoile, son premier livre. Autant était-il emprunté, confus dans son élocution, autant sa plume filait, errait dans les rues de Paris à la recherche d’un parent ou d’un ami perdu, se cognant à des portes cochères ou entrant dans des cours intérieures improbables, parlant aux inconnus d’un jour qu’elle ne reverrait pas, à la manière d’un K lâché en liberté. Depuis, des noms trouvés dans le bottin (à l’instar du grand Simenon) ont été à l’origine de maints personnages aux passés obscurs — car pour Modiano, rien n’est simple, nous avons tous connu des gens ayant eu plusieurs vies, donc plusieurs passés — des ombres ayant parfois changé d’identité, des silhouettes louches ayant frayé avec des collabos... bref tout un monde interlope, pas toujours net sur lui, surgissant d’un passé plutôt noir, celui de notre histoire française : l’Occupation. Peu à peu, Modiano, avec sa légendaire timidité, avec cette simplicité qui n’appartient qu’à lui, avec ses tics de visage et ses mains recherchant l’arabesque parlante a bonnement construit une œuvre, nourrie sur le terreau de nos non-dits. Car c’est précisément de quoi il est question pour Modiano : dire le non-dit, ou en tout cas le suggérer, tenter de l’approcher et de l’amadouer. Toute vie devient alors une énigme à résoudre. Un des jurés du prix Nobel a parlé d’un « Proust d’aujourd’hui » au sujet de Modiano. Moi, je le verrais plus du côté de Kafka, errant dans le dédale d’une vie où rien n’est fiable, où tout est bon pour s’égarer, où même quand on retrouve la trace d’un père parti au bout de la nuit, ce qu’on apprend de lui reste fragmentaire, voire illusoire, donc angoissant. La dernière interview de notre prix Nobel de Littérature est bien sûr savoureuse. Il n’a rien perdu de ses doutes et hésitations langagières. Il est resté le même et quand on lui demande ce qu’il compte faire après ce prix : «Eh bien, dit-il, continuer...euh...enfin...oui...à écrire ! »

 

                                                            Yves CARCHON 
Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 23:00

 

 

Un nouveau Mazari ? Vite, ouvrons-le ! On n’est jamais déçu avec un tel auteur ! C’est un poète, un vrai ! D’emblée, si l’on s’en tient à ce qu’il veut bien nous dire en postface, "Le chien d’un immortel..." serait un journal rédigé en attendant la fin du monde, bouteille au néant jetée destinée à n’être lue par personne puisque tout sera à jamais consommé. Heureusement, Armageddon n’a pas eu lieu ! Ce qui nous laisse le champ libre pour lire cette chronique poétique, méditation autour du souvenir et d’un présent dont l’essentiel — toujours selon notre poète — se situerait sur les toits de Marseille ! La facétie, l’apache clin d’œil font partie intégrante du poète. Il serait vain de s’en tenir à ses allégations modestes : dans "D’après la mort", il avait prévenu : « Les choses sérieuses, je ne les fais que seul». Seul est sans doute beaucoup dire ici : ils sont peut-être deux dans "Le chien d’un immortel..." : celui qui dort et l’Autre (je est un autre) qui a profité du sommeil du premier. Ce journal, même si Lionel Mazari l’écrit l’œil rivé sur les toits de sa ville, est une réflexion - coutumière à l’auteur — sur les pouvoirs du poète sur le monde, sur l’action lente, profonde d’une poésie qui modifie soi et le monde. Une réflexion baudelairienne. Mais là, la plume entaille plus profond la chair du monde. La méditation sur de micro événements qu’il a pu observer, mêlés à des résurgences du passé, crée l’acte poétique. Il semble que Mazari ici fasse une pause : oh, certes, il reste toujours aussi vivace, raide, exigeant et bien sûr in-tranquille ! Tant par les thèmes abordés que par les fulgurances ciselées, on n’est bien sûr pas loin de "L’impossible séjour", même si les différents poèmes sont en prose rythmée. On y rencontre au fil des lignes (j’en ai déjà parlé mais j’y reviens) une sorte de dédoublement où le dormeur (des toits ?) feint de céder la place à un fantôme, « quelqu’un s’est inquiété de mon bonheur pour y rêver »... Et le chef de dieu dans tout ça ? Un oncle qui respirait « au large dans le néant facile ». Un dieu sans majuscule. Pan est-il préférable ? Toute la finesse du poète nous souffle que même nos souvenirs peuvent devenir présents si nous ne cessons pas de nous les remémorer ("D’après la mort"), que le réel est affaire de rêve éveillé ou de simple dormance. Alors rôde dans ces poèmes drus et purs l’âme d’un chien, compagnon on le sait du poète, son double en somme penché sur son épaule pour arracher « à l’os... [...du monde] ...quelques morceaux d’étoiles ». Lire Lionel Mazari redonne envie de lire notre bas monde avec des yeux lavés par une pluie « qui s’envole des bras ouverts de l’arbre humain ». Merci à lui ! Sa voix est essentielle. Qu’il n’oublie pas de se « cogner au ciel » pour le bonheur et la plus grande élévation de ses lecteurs !

 

(Editions du Port d’Attache – 6 euros)

 

                                                               Yves CARCHON

 

   

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article
30 juillet 2010 5 30 /07 /juillet /2010 23:00

JaquetteMDE

Repost 0
Published by editionsduportdattache.over-blog.com
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de editionsduportdattache.over-blog.com
  • : ce blog est destiné à présenter les ouvrages, les projets et les débats d'idées liés aux éditions associatives du Port d'Attache
  • Contact

Texte Libre

                       Dans la peau de L’homme qui rit

 

 

 Une scène obscure, sans séparation d’avec les gradins. Pas de décor, si l’on excepte un micro, deux enceintes et une console musicale. Au théâtre Off, on préfère privilégier le texte plutôt que les costumes et autres accessoires. Le texte, en l’occurrence, c’est celui de Victor Hugo : « L’homme qui rit », roman noir à visée sociale de près de 1000 pages. Pour les besoins de la scène, il a été ramené à une quarantaine de feuillets par Frédéric Ortiz, patron du Théâtre Off. Chapeau à l’adaptateur ! L’autre protagoniste de cette aventure, celui  qui porte par sa voix la trame narrative ainsi que tous les personnages du roman, c’est Lionel Mazari, diseur, comédien, poète avant tout. Une qualité nécessaire pour faire vivre ce texte du dedans, pour restituer oralement la rythmique de la phrase hugolienne. Sa voix, chaude, profonde, martelante, incantatoire, nous introduit d’emblée dans cette sombre histoire d’enlèvement et de mutilation d’enfants dans l’Angleterre pré-industrielle. C’est alors que, progressivement, des images commencent à danser devant nos yeux. Comme dans un film, nous assistons à l’enlèvement et à l’atroce blessure faciale du jeune  Gwynplaine, le naufrage du navire qui devait l’emporter, lui et la petite aveugle Déa, en terre étrangère. Nous sentons physiquement la présence du mendiant Ursus et de son loup Homo quand il les recueille sur la plage. Nous pénétrons dans la bonne société avec Lord Clancharlie et l’excentrique duchesse Josiane. Et nous vibrons aux accents révolutionnaires  de son discours devant ses pairs quand, reconnu comme le vrai héritier de Lord Clancharlie, Gwynplaine conteste les privilèges exorbitants de sa nouvelle classe sociale avant de disparaître à jamais. La magie du verbe a opéré. Encore fallait-il un interprète aussi doué, aussi subtilement polyphonique que Lionel Mazari pour entretenir le charme durant une heure trente. Voilà une proposition théâtrale d’une beauté rare par les temps présents à Marseille. Avant les médiathèques et les instituts culturels où elle est appelée à tourner, elle est offerte au public marseillais jusqu’au 20 avril, à raison de deux soirées par semaine. Il serait vraiment dommage – du moins pour tous ceux qui sont sensibles à  la poésie  – de manquer une telle performance.

 

Les jeudis et vendredis, à 20H30. 14, quai de Rive-neuve, 13007 Marseille. Réservations au 04 91 31 13 33

 

                                                 Jacques LUCCHESI             

Texte Libre

pour commander

jlucchesi13@gmail.com

chaque ouvrage commandé inclut 2 euros supplémentaires de frais postaux.

Pages

Texte Libre

JACQUES LUCCHESI, AUX ALENTOURS DU PARADIS et autres nouvelles.

 

      Jacques Lucchesi est l’auteur d’une trentaine d’opus ─ poésie, nouvelles, essais ─ que, omission ou modestie, il ne récapitule pas. La première de ces douze nouvelles, celle que pour ma part je préfère, évoque un village provençal qui non seulement connaît la douceur de vivre mais semble avoir écarté la mort. Par touches subtiles et glissements successifs, sans guère de réalisme, le nouvelliste nous transporte « aux alentours du paradis », ce qui atteint en moi et certainement aussi chez beaucoup de lecteurs une corde sensible non moins que secrète, la nostalgie d’un paradis perdu. Quoi qu’il en soit, le charme opère et il réussit à nous faire entrer dans son rêve.

       Plusieurs nouvelles relèvent d’un tout autre registre. Ainsi, « Celui qui te précédait », se passe en 2032 : un vieil homme s’offre un voyage dans le temps qui lui permet de dialoguer réellement avec l’adolescent qu’il était. Celui-ci s’interroge sur l’homme qu’il sera, occasion d’une réflexion ontologique sur l’avenir. Si l’aspect technico-scientifique de la S.F était développé, je me serais personnellement ennuyé ; ce n’est heureusement pas le cas. Le recueil aborde souvent aussi la satire sociale, je me demande même si elle n’est pas omniprésente. « Télé-réalité » présente une émission de télévision révolutionnaire puisque le vainqueur de la tombola recevra comme lot une nuit d’amour avec l’animatrice ! Humour, noir cette fois, avec un supermarché funéraire et multiconfessionnel qui connaît le plus grand succès ; hélas, il doit bientôt fermer en raison du… décès du patron. (« Saison de soldes ») L’air de rien, l’auteur sait manier le stylet et le pistolet !On ne s’ennuie pas un instant à la lecture de ce recueil inventif, varié et bourré d’humour.

 

Editions édilivre, collection Tremplin. 2011. 12, 5 euros.

 

 

                                                                       Jean BENSIMON

Texte Libre (2)

 

                  Maudit Blues, d’Yves Carchon

 

 

 Entre le roman noir et le cinéma, des passerelles ont été bien vite jetées. Hollywood, on le sait, a fait une grande consommation de ces oeuvres destinées à un large public et dont les auteurs étaient souvent ses propres scénaristes – tel Raymond Chandler. Qu’un écrivain contemporain fasse entrer les mythologies cinématographiques dans un canevas romanesque, quoi de plus compréhensible ? C’est ce qu’a fait Yves Carchon avec « Maudit Blues », premier opus d’une trilogie emmenée par l’inénarrable « privé » Fragoni. Dans ce roman qui marie habilement terroir et terreur, les clins d’œil au 7eme art abondent, à commencer par le personnage principal de Deborah Worse, condensé de toutes les femmes fatales – et ménopausées – du grand écran. Quoiqu’ayant depuis longtemps désertée les plateaux de tournage, elle n’en continue pas mois à susciter bien des passions. La moindre ne sera pas celle du jeune Paul qui décide de l’enlever et de la séquestrer dans sa résidence de Saissac, au cœur de la Montagne Noire. Va alors s’ensuivre un interrogatoire particulièrement cruel où la star déchue va livrer à son tortionnaire des pans entiers de sa biographie - pour notre plus grand plaisir de lecteurs. Jusqu à ce que les masques finissent par tomber, comme dans toute bonne tragédie. Ce ne serait pas servir ce roman particulièrement haletant que d’en dévoiler ici tous les arcanes. Mieux vaut insister sur le bonheur de lecture que sa prose sensuelle et racée procurera à tous ceux qui l’ouvriront, sans doute pour ne plus le lâcher qu’à la dernière ligne. Avec « Maudit Blues », Yves Carchon nous prouve sans l’ombre d’un doute tout ce qu’un auteur inspiré peut faire avec un genre réputé mineur – mais nous savons bien que c’est faux – comme le polar. Est-ce que le cinéma, à son tour, s’intéressera à ce roman qui lui ressemble tant ? On ne peut que le souhaiter.

Les Presses Littéraires, 13 euros.

 

                                            Jacques LUCCHESI    

Texte Libre

Henri-Michel Polvan : « Epaves », augmenté de « Marseille comme si vous n'y étiez pas », La petite édition

 

 

 La liste des ouvrages dont Marseille est le sujet dépasserait sans doute les limites d’un volume ordinaire. Il y a dans cette ville un je-ne-sais-quoi producteur de paroles. Et les écrivains de son terroir en ont, les premiers, usé et abusé. Dans ces conditions, « Epaves », l’ouvrage que publie aujourd’hui Henri-Michel Polvan , chez La petite édition, aurait toutes les chances de se fondre dans l’énorme masse de ceux qui l’on précédé si l’on ne disait, d’entrée de jeu, qu’il est l’œuvre d’un véritable poète. Un poète pour qui l’usage de la prose a depuis longtemps supplanté le vers, mais sans en perdre, pour autant, la saveur et l’inventivité verbale. Dans ces pages, justement, se libèrent les forces de l’imaginaire, dans la mouvance des surréalistes, ses aînés admirés. Sous ce titre on ne peut plus baudelairien, Polvan réinvente le portrait littéraire – genre faussement suranné – qu’il applique, non pas aux célébrités de ce monde, mais aux drôles et aux humbles qui ont peuplé sa jeunesse, génies du quotidien que chacun de nous a pu, un jour, croiser dans cette cité. Et comme Pierre Michon dans ses « Vies minuscules », il leur offre une seconde existence, plus pure, dégagée des contingences historiques, poétique en un mot. Sous sa plume, nous entendons le franglais de l’oncle Chanouaï, le timbre aigrelet de Léontine, la folle du quartier, quand elle houspillait les passants ou encore la voix puissante de Métier, le ténor haltérophile, devant un parterre d’immigrés italiens. D’autres fois ce sont des lieux qui suscitent son empathie : Saint-Joseph, les Chutes-Lavie, la Belle de Mai, le Lacydon. Nous le suivons, émerveillés, dans ses pérégrinations nostalgiques ; et quand il nous susurre – comme dans « Eléments d’un mythe » - que toute cette sociabilité joyeuse n’a jamais existée, nous avons du mal à le croire ; pour peu, nous lui en voudrions d’avoir balayé nos illusions. Quant à « Marseille comme s’y vous n’y étiez pas » (sous-titré « petit semainier phocéen »), il se divise en sept chapitres, chacun étant associé à un jour de la semaine. Ce qui est surtout le pré-texte pour saper les conventions et les clichés par le langage lui-même. Il faut saluer, pour finir, l’excellent travail de mise en page et d’illustration réalisé par Marcel Baril. De la petite édition sans doute,  mais de la bonne édition quand même.

 

« Epaves », augmenté de « Marseille comme si vous n’y étiez pas », 213 pages, 10 euros

 

 

                                         Jacques LUCCHESI